Les Huiles Hydrauliques : Guide Complet pour Bien Choisir et Entretenir son Fluide
Guide EBS

LES HUILES HYDRAULIQUES

Même si les huiles sont à la base des systèmes hydrauliques, elles représentent souvent un domaine un peu méconnu.

Cette méconnaissance est d'autant plus grave qu'un mauvais choix de fluide peut avoir des conséquences catastrophiques et entraîner des bris prématurés.

Le but de cette chronique est de définir certains termes employés couramment et de donner des informations pour pouvoir reconnaître un fluide hydraulique de qualité.

À QUOI SERT L'HUILE DANS UN RÉSEAU HYDRAULIQUE ?

L'huile remplit plusieurs fonctions dans un réseau hydraulique ; c'est pourquoi il faut la choisir avec soin. Certaines de ses fonctions sont évidentes alors que d'autres le sont moins (Voir tableau 1).


La première fonction, bien entendu, est de transmettre la puissance. En effet, comme l'huile est presque incompressible, elle représente le lien idéal pour transmettre l'énergie entre la source (moteur électrique, diesel, etc.) et l'actuateur (moteur hydraulique ou cylindre), avec un excellent temps de réponse.

Comme elle n'a pas de forme définie, toutes les possibilités sont permises au niveau du montage des installations.

L'huile a aussi une fonction de lubrification, en formant une couche mince entre les pièces mobiles qui tournent ou qui glissent à l'intérieur des composantes. Comme toutes les pièces hydrauliques sont autolubrifiantes, on s'évite la corvée du graissage. Par contre, pour que l'huile remplisse son rôle efficacement, elle doit avoir la bonne viscosité à la température d'opération, comme nous le verrons plus loin.

Elle permet en plus de refroidir et de dissiper la chaleur produite par les composantes. En se promenant dans le système, elle absorbe la chaleur produite localement et elle la dirige vers le refroidisseur et le réservoir, permettant de l'évacuer. Inversement, l'entrée d'huile fraîche provenant du réservoir abaisse la température dans le circuit.

Finalement, elle sert d'étanchement pour combler les jeux de montage des pièces. Elle recouvre aussi la surface métallique des pompes, moteurs et soupapes, ce qui empêche la rouille et elle ramasse les contaminants du système pour les emporter jusqu'au filtre où ils vont être retirés.

QU'EST-CE QUE LA VISCOSITÉ ET POURQUOI S'EN PRÉOCCUPER ?

La viscosité se définit comme étant la résistance à l'écoulement. La viscosité d'un fluide est la propriété exprimant sa résistance à une force tangentielle. Elle est due principalement à l'interaction entre les molécules du fluide.

Soient dans un écoulement fluide de type laminaire, c'est-à-dire qui se produit par glissement de lames et sans mélange entre les lames voisines, et un parallélépipède infiniment petit limité par plusieurs plans, alors la force retardatrice (due au frottement des molécules) qui prend naissance au sein du liquide entre les plans horizontaux, parallèlement à l'écoulement,

est proportionnelle à la surface ds, au gradient de vitesse dv et à un coefficient caractéristique (P, T) du fluide appelé viscosité dynamique, lui-même fonction de la pression et de la température.

Schéma de principe de la viscosité

La force de contrainte de cisaillement proportionnelle au gradient de vitesse est égale à :


Où dv est le gradient de vitesse et dz est la distance entre deux lames.

Plus un fluide s'écoule difficilement par un orifice à une température donnée, plus sa viscosité est élevée.


Évolution de la viscosité cinématique en fonction de la température

Évolution de la viscosité cinématique en fonction de la pression


La mesure de viscosité la plus utilisée en hydraulique est le centistoke (cSt) ; un nombre élevé représentant une huile plus visqueuse. Il est essentiel de choisir une huile ayant une viscosité adéquate, en fonction de la pompe et de la température d'opération.

Une viscosité trop basse amène plusieurs problèmes dont une mauvaise lubrification. Il est essentiel que l'huile soit assez visqueuse pour garder un film lubrifiant entre les pièces, afin d'éviter le frottement et l'usure excessive. Le fonctionnement du système risque aussi d'être plus lent à cause de l'augmentation des fuites internes au niveau de la pompe et des autres composantes. La combinaison des fuites internes et du frottement va provoquer une augmentation de la température de l'huile et sa dégradation.

Si la viscosité est trop élevée, le résultat ne sera guère plus reluisant. L'huile va résister davantage à son écoulement, ce qui va provoquer un gaspillage d'énergie pour pouvoir la faire circuler dans les canalisations. La pompe est une composante qui est aussi très sensible à une viscosité trop élevée, surtout lors d'un démarrage à froid. Elle risque de se détruire assez rapidement par un phénomène de cavitation causé par une huile trop épaisse à l'aspiration. Finalement, le temps de réponse et la vitesse des actuateurs risquent de se dégrader.

Il ne faut pas confondre la viscosité et l'indice de viscosité (VI). Comme vous le savez sans doute, la viscosité d'une huile varie avec la température. Plus la température est froide, plus la viscosité est élevée. Mais certaines huiles varient plus que d'autres pour un même écart de température, dépendamment de leur composition, leurs additifs ou leur procédé de fabrication.

L'indice de viscosité fait référence à la variation de viscosité de l'huile en fonction de la température. La viscosité d'une huile avec un VI élevé varie moins que celle d'une huile avec un VI faible, pour la même gamme de température (voir tableau 2).

Choisir une huile avec un VI élevé est surtout important pour les systèmes fonctionnant sur de grands écarts de température, comme ceux présents sur les équipements mobiles, car ils facilitent les démarrages à froid en réduisant les risques de cavitation. Lorsqu'un système opère dans un milieu avec une température stable, cette variable a moins d'importance.


QUELLES SONT LES QUALITÉS D'UN BON FLUIDE HYDRAULIQUE ?

Pour qu'un fluide fasse bien son travail, il doit posséder un certain nombre de qualités. Certaines peuvent être plus importantes que d'autres, en fonction de l'application.

Voici quelques exemples :

  • Un bon fluide doit résister à l'oxydation. L'oxydation est une dégradation chimique de l'huile qui s'accélère lorsque l'huile surchauffe. Elle produit des vernis, des boues et des acides. Les acides attaquent les surfaces métalliques alors que les vernis et les boues nuisent au bon fonctionnement des pièces mobiles et bouchent les orifices. En ajoutant des additifs antioxydants, il est possible de ralentir cette dégradation. Mais même si l'huile possède de bons additifs, ils ne pourront pas compenser une surchauffe de l'huile et ils vont disparaître assez rapidement du système.
  • L'huile doit aussi être en mesure de se séparer de l'eau assez facilement. La plupart des réservoirs sont reliés à l'air libre par le biais d'un reniflard. L'humidité de l'air peut donc s'infiltrer à l'intérieur du système. Les fluides de mauvaise qualité se dégradent en présence d'eau et forment des composés corrosifs qui abrègent la vie des composantes. L'eau peut aussi générer de la rouille qui agit de deux façons. En attaquant les pièces métalliques, elle diminue le rendement par érosion des pièces ajustées. La rouille qui circule peut aussi bloquer ou colmater des soupapes. Il est donc essentiel que le fluide possède de bons additifs antirouille.
  • Il faut aussi que l'huile possède des additifs qui lui permettent de se séparer le plus rapidement possible des bulles d'air qui peuvent se retrouver en suspension. L'air en suspension amène un grand nombre de problèmes dans le circuit, comme celui de rendre les commandes spongieuses. Elle accélère aussi la dégradation de l'huile et peut entraîner la destruction de la pompe.
  • Finalement, l'huile doit pouvoir circuler à toutes les températures requises. Sa viscosité doit donc se tenir en tout temps à l'intérieur des normes de la pompe. Souvent, il faut ajouter des additifs pour améliorer l'indice de viscosité des huiles pétrolières afin de la rendre apte à s'écouler sur une plus grande gamme de température.

LES DIFFÉRENTS TYPES DE FLUIDES HYDRAULIQUES

  • Fluide hydraulique à base d'huile minérale — Utilisé dans la majorité des installations hydrauliques.
  • Fluide hydraulique à base d'huile végétale — Utilisé dans des installations devant répondre à des normes sévères d'environnement ; ils sont biodégradables.
  • Fluide hydraulique synthétique — Destiné aux installations qui requièrent des fluides aux performances particulières.
  • Fluide hydraulique difficilement inflammable — Utilisé dans des installations dans lesquelles il existe un danger d'explosion ou d'incendie.

Les fluides hydrauliques à base minérale — Classification

  • H (H.H.) — Huiles hydrauliques sans additifs. Elles ont les caractéristiques des huiles de graissage type C selon DIN 51 517. Ces huiles sont de moins en moins utilisées en hydraulique.
  • HL — Huiles hydrauliques avec additifs améliorant les performances antirouille et anti-oxydation. Ces huiles sont généralement utilisées dans les circuits hydrauliques travaillant jusqu'à des pressions de service de 200 bars. Elles résistent correctement aux sollicitations thermiques de ces circuits.
  • HLP — Huiles hydrauliques avec additifs permettant un usage en haute pression grâce à leurs performances anti-usure. Ces huiles trouvent leur emploi dans les circuits travaillant à des pressions de service au-dessus de 200 bars (norme ISO future : HM).
  • HV — Huiles hydrauliques ayant des performances viscosimétriques très améliorées. Les autres propriétés sont identiques à celles de la classe HLP.

Les Fluides difficilement inflammables

Généralités

Les fluides à base minérale sont inflammables ; pour cette raison, dans les installations présentant un risque d'incendie, on utilise des fluides difficilement inflammables.

Dans les installations d'extractions minières, l'utilisation de ces fluides est souvent imposée par la législation (en Allemagne, elle est obligatoire).

Un certain nombre d'installations de production utilisent des fluides difficilement inflammables chaque fois où des fuites ou des ruptures de canalisations risquent de mettre le fluide hydraulique en contact avec des matières en fusion, ou des matériaux portés à hautes températures. Cela concerne, par exemple, les installations sidérurgiques, les fonderies, les forges, les systèmes de régulation des turbines, les machines à injecter sous pression, les laminoirs etc.

D'autres raisons motivant le remplacement des fluides hydrauliques à base minérale par des fluides à base d'eau sont les coûts de même que les réglementations de la protection de l'environnement. Les fuites d'huile peuvent, en effet, polluer les nappes souterraines ou produire des vapeurs.

Classification

Les fluides difficilement inflammables sont définis dans la norme DIN 51 502, dans les classes suivantes : HSA, HSB, HSC et HSD (selon la norme française : THI-A, THI-B, THI-C et THI-D). Les nouvelles normes internationales (CETOP - ISO) reprennent la même classification sous les dénominations suivantes : HFA, HFB, HFC et HFD.

  • HFA : Émulsion directe. Il s'agit d'une addition d'huile dans de l'eau comportant un additif anticorrosion inflammable, de max. 20 % du volume. Sa très faible viscosité augmente le niveau des fuites, son prix est relativement bas. Ce fluide est surtout utilisé dans les mines, dans des installations centralisées comportant des accumulateurs.
  • HFB : Émulsion inverse. Il s'agit d'une addition d'eau dans de l'huile comportant un additif anticorrosion inflammable, de max. 60 % du volume. Le pouvoir de lubrification et la viscosité sont voisins de l'huile minérale pure. Les utilisations de ces fluides sont plus rares car leurs performances satisfont difficilement aux essais d'inflammation.
  • HFC : Solution aqueuse de polymères. Il s'agit d'un mélange de polyglicoles avec de l'eau. La teneur en eau, ainsi que celle des additifs anticorrosion, doit être contrôlée continuellement. Leur protection anti-usure est supérieure à celle des fluides HFA et HFB. Ils sont compatibles avec la plupart des joints standards. Ils trouvent leur emploi dans les mines et les circuits des machines à injecter sous pression.
  • HFD : Fluide de synthèse sans eau. Il s'agit de fluide ne comportant pas d'eau.
    a) Esters phosphoriques
    b) Hydrocarbures chlorés
    Le fluide se compose de mélange de produits (a et b), ainsi que d'huiles minérales. Ils ont une bonne résistance au vieillissement de même qu'ils apportent une protection contre l'usure. Ils sont utilisables sous de larges plages de températures. Ils nécessitent l'utilisation de joints spéciaux de même que de peintures de protection adaptées. L'emploi de joints en Viton dans les appareils est recommandé. Ils posent également des problèmes pour la protection de l'environnement car ils sont toxiques et plus particulièrement ceux à base d'hydrocarbures chlorés.
Désignation de fluide selon DIN 51 502 ou ISO DIS 6071HFAHFBHFCHFD
CompositionÉmulsion huile dans l'eau ou solution de polymère synthétiqueÉmulsion eau dans l'huileSolution glycol ou poly glycol (glycol eau)Fluides synthétiques anhydres, esters phosphates, dérivés organochlorés
Teneur en eauSupérieure à 80 %Supérieure à 40 %Supérieure à 35 %Inférieure à 0,1 %
Température de service+5 °C à +55 °C+5 °C à +60 °C-20 °C à +60 °C-20 °C à +150 °C
Viscosité cinématique< 1,646 à 10022 à 6815 à 100
Densité0,9980,92 à 1,051,04 à 1,091,1 à 1,9
Valeur de pH7 à 107 à 107,5 à 107,5 à 10
Matériaux incompatiblesZinc ; AluminiumZinc ; AluminiumZinc ; Aluminium ; Alliages de cadmium et de magnésium
Matériaux d'étanchéitéNBRNBRNBR ; EPDM ; SBRFPM ; EPDM
RemarquesSensible à la contamination microbienne, usure mécanique élevée due à une faible viscositéSans importance en AllemagneMauvaise capacité de séparation des impuretés. Sensible à la pollution par de l'huile minéraleNon miscible à l'eau. Sensible à l'humidité

Caractéristiques des fluides difficilement inflammables

VISCOSITÉ

Cette caractéristique est certainement l'une des plus importantes dans la définition d'une huile. Elle renseigne sur « l'épaisseur », c'est-à-dire sur la résistance qu'oppose au glissement de deux couches parallèles de dimensions égales d'un fluide.

Il faut distinguer entre la viscosité dynamique (ou absolue) et la viscosité cinématique. Dans les calculs de circuits hydrauliques c'est surtout la seconde nommée qui est utilisée. L'unité dans le système international pour la viscosité cinématique est υ en mm²/s ce qui correspond à l'unité en cSt utilisée jusqu'à présent.

L'ancienne unité exprimée en °E (Engler) est de moins en moins utilisée et n'est pas reprise par la norme. La viscosité est déterminée selon une procédure normalisée qui définit une mesure du temps d'écoulement du fluide par un capillaire.

Le tableau ci-dessous donne les limites de la viscosité des fluides à utiliser dans les circuits hydrauliques.

ParamètreValeur
Plage de viscosité idéaleEnv. 15 … 100 mm²/s
Point retenu par la norme pour des essais comparatifs (DIN)Env. 36 mm²/s
Limite supérieure de viscosité pour les démarrages à froid (cavitation)Env. 500 … 1 000 mm²/s
Limite inférieure de viscosité (graissage)Env. 10 mm²/s

Limites de viscosité

Une viscosité trop élevée engendre des pertes élevées par frottement du fluide dans les canalisations et des pertes de charges anormales dans les étranglements des appareils. Elle prend toute son importance dans les canalisations d'aspiration des pompes où elle crée des problèmes de cavitation.

Chaque type d'appareil a des limites de viscosité propre. Il est également très important de savoir si la pompe est entraînée par un moteur électrique, car lors de l'enclenchement, il atteint très vite sa vitesse nominale (υ = env. 500 mm²/s), ou par un moteur à combustion interne qui monte plus lentement en régime (υ = 800 mm²/s).

Une viscosité trop basse de l'huile occasionne des fuites plus élevées au travers des fentes ce qui ont pour conséquence une perte de rendement volumétrique. Elle diminue également l'épaisseur du film d'huile de graissage ce qui provoque des usures prématurées.

Des viscosités trop élevées, de même que trop basses, augmentent les pertes thermiques dans les appareils.

Les échauffements de l'huile, provoqués par une viscosité trop basse, ont pour conséquence d'aggraver encore plus les fuites au travers des fentes. Ainsi, de fil en aiguille, on amorce une montée en température anormale dans l'installation.

Les classes de viscosité

Les indications de viscosité sont toujours faites pour une seule température :

  • Selon la norme DIN en vigueur à ce jour, cette température est de 50 °C. Les classes de viscosité 9, 16, 25, 36, 49 et 68 (mm²/s) sont dérivées de cette norme. Ces indications chiffrées viennent compléter les lettres des classes de base H, HL, HLP, par ex. : HLP 36.
  • Selon la nouvelle norme ISO, la température de référence est de 40 °C. Les classes de viscosité VG 10, 22, 32, 46, 68 et 100 sont dérivées de cette norme. Dans la norme DIN comme dans ISO, la plage de tolérance autorisée est d'env. 10 %.
  • Dans la norme SAE des huiles pour moteurs et transmissions, la classification se fait également en fonction de la viscosité. Les plages de tolérances sont toutefois nettement plus larges.

Variation de viscosité en fonction de la température

La viscosité varie en fonction de la température pour presque tous les fluides.

Une viscosité basse (très liquide) minimise les pertes de charges (moins de consommation d'énergie), assure une bonne pompabilité (la pompe ne trouve pas de problème au niveau de l'aspiration) et un bon seuil de fonctionnement de tout le système, mais engendre des fuites volumétriques au niveau des composants hydrauliques (pompe, actionneurs, distributeurs) et la diminution du pouvoir lubrifiant ce qui favorise une usure prématurée des composants hydrauliques et un échauffement du système entraînant par conséquent une nouvelle diminution de la viscosité et le vieillissement du fluide.

Une viscosité élevée (consistante) a pour avantage d'avoir une bonne capacité lubrifiante, de minimiser les fuites volumétriques et d'augmenter la durée de vie du fluide, mais cette propriété provoque des pertes de charges importantes, ainsi que des problèmes d'aspiration au niveau de la pompe (fluide lourd difficile à aspirer).

Cette dépendance est représentée dans l'abaque suivant.

Variation de la viscosité en fonction de la température


Exemple : Une huile de désignation ISO VG 46 signifie qu'à une température de 40 °C, elle a pour viscosité cinématique 46 mm²/s.

Comportement de la viscosité en fonction de la pression

La viscosité des huiles hydrauliques augmente avec la pression ; cette augmentation devient sensible au-dessus de 200 bars et il faut en tenir compte dans les études des circuits. À environ 400 bars, on adopte en général un doublement de la viscosité.


Variation de la viscosité en fonction de la pression

AUGMENTATION DE VOLUME

À la pression atmosphérique, une augmentation de 10 °C provoque une augmentation de volume d'environ 0,7 %. Cette caractéristique prend toute son importance dans des installations à grande capacité d'huile.

Par exemple : dans une installation véhiculant 200 litres d'huile et subissant une augmentation de température de 60 °C, le volume augmente environ de 8 litres.

POUVOIR LUBRIFIANT

Pour assurer le graissage de toutes les pièces en mouvement dans les appareils hydrauliques et plus particulièrement les pompes, le fluide hydraulique doit posséder un pouvoir de lubrification suffisant de même qu'une bonne adhérence aux surfaces.

Une destruction du film d'huile par suite d'une viscosité trop faible ou d'une pression hertzienne trop élevée met les deux pièces en contact direct ce qui conduit généralement à un grippage.

La tendance des augmentations de pressions, avec des jeux de plus en plus réduits des ajustages, augmente ce risque sur les appareils hydrauliques. L'utilisation des huiles de haute pression (HLP) permet de minimiser ce risque.

POUVOIR DE DÉSAÉRATION

Les huiles hydrauliques contiennent, sous une pression atmosphérique normale, environ 9 % en volume d'air en suspension. Dans les conditions normales, cette suspension n'apporte pas d'effets nuisibles dans l'installation.

La libération de cet air augmente avec la pression et la température. Elle peut atteindre, à environ 50 bars et 5 °C500 vol. %. Lors de chutes de pressions rapides produites par exemple à des points d'étranglement, ou lors des dépressions provoquées dans les canalisations, les limites de saturation peuvent être dépassées. L'air se dégage alors sous forme de bulles.

L'air peut également pénétrer dans l'installation par des circuits d'aspiration non étanches ou par les joints spi des pompes.

Cet air non dissout provoque au contact de l'huile des mousses qui sont très nuisibles dans toute l'installation et conduisent plus particulièrement sur les pompes et les valves à l'apparition de cavitations. Cela se traduit par des érosions du métal, des coups de bélier et une augmentation du niveau sonore.

De l'air non dissout augmente la compressibilité de l'huile et, par voie de conséquence, conduit à des erreurs de positionnement des vérins et moteurs. Il faut donc, à tout prix, éviter des formations de mousses dans le réservoir. Ces apparitions peuvent être évitées par un dimensionnement et un agencement corrects du réservoir et des canalisations.

D'un autre côté, les propriétés de l'huile doivent permettre aux bulles d'air de remonter à la surface, et là, crever, afin que l'air puisse se dégager.

RÉSISTANCE AU VIEILLISSEMENT

Sous vieillissement d'une huile hydraulique, on entend une modification chimique sous l'influence d'une température élevée et des effets de catalyse provoquée par le contact avec les métaux. Dans la pratique, on admet qu'au-dessus de 70 °C la vitesse de vieillissement double par 10 °C d'augmentation de la température.

Le vieillissement se trouve également accéléré avec la pollution de l'huile par l'eau, la rouille, les particules d'usure, la poussière…

Une huile vieillie (fatiguée) prend une couleur sombre, elle produit des acides et des précipités résineux qui peuvent conduire à des collages des tiroirs dans les appareils. La résistance au vieillissement peut être augmentée par l'apport de constituants antioxydants.

Le tableau suivant nous informe sur l'état du fluide par simple jugement visuel. Des affirmations plus précises ne peuvent être faites qu'après une analyse en laboratoire.

ConstatationPollutionCause possible
Coloration foncéePrésence de produits oxydants / Détérioration d'additif anti-oxydantSurchauffe ; vidange négligée
Opacification lumineuseEau ou mousseIntrusion d'eau, entrée d'air
Séparation d'eauEauIntrusion d'eau (par exemple liquide de refroidissement)
Bulle d'airAirEntrée d'air par exemple suite au manque d'huile, conduite d'aspiration perméable
Pollutions en suspens ou en dépôtSubstances étrangères solidesAbrasion ; saleté ; produits de vieillissement
Odeur d'huile brûléeProduits de vieillissementSurchauffe

Résistance au vieillissement

COMPRESSIBILITÉ

Dès que les pressions atteignent des niveaux plus élevés et plus les volumes en cause sont élevés, il n'est plus possible de négliger la compressibilité de l'huile hydraulique.

Elle intervient par exemple dans la précision des positionnements, les temps de réponse dans les réglages et régulations, et surtout occasionne des coups de béliers lors des détentes rapides de volumes importants.

La compressibilité est définie par un coefficient dépendant de la classe de l'huile qui augmente avec la température et diminue graduellement avec l'augmentation de la pression.

À titre indicatif, le diagramme ci-dessous donne un aperçu sur les diminutions de volume, en fonction de la pression, à différentes températures. Lorsque l'huile hydraulique est chargée d'air en suspension, la compressibilité augmente considérablement.


Compressibilité

PROBLÈMES LIÉS AUX FLUIDES DANS UNE INSTALLATION HYDRAULIQUE

ConstatationsCausesMesures à prendre
Bruits trop élevés1. Problèmes d'aspiration : niveau du fluide trop bas, viscosité trop élevée (température trop basse)
2. Fluide pollué et, de ce fait, détérioration et colmatage des appareils
3. Fluide émulsionné
• Remplir le réservoir avec la quantité acceptable de fluide.
• Changer le fluide avec la viscosité nécessaire ou circuler le fluide dans le circuit avant de faire l'action.
• Changer le fluide.
ConstatationsCausesMesures à prendre
Forces et couples trop faibles aux vérins et moteurs (pression trop basse) — Moteur ne tourne pas ou trop lentement (pas ou trop peu de débit)1. Viscosité trop basse entraînant des fuites trop élevées
2. Viscosité trop élevée provoquant trop de pertes de charges
3. Fluide mousse
• Changer le fluide en respectant la viscosité indiquée par le fabricant.
• Pulvériser l'alcool sur la mousse.
ConstatationsCausesMesures à prendre
Mouvements saccadés des vérins ou moteurs (à-coups de pression et pulsions du débit)1. Fluide pollué
2. Fluide émulsionné
3. Présence d'air dans l'installation
• Changer les cartouches des filtres.
• Changer le fluide.
• Purger le circuit en cherchant l'origine de l'aération (état des joints).
ConstatationsCausesMesures à prendre
Coups de bélier dans les canalisations lors des commandes1. Fluide émulsionné• Changer le fluide.
ConstatationsCausesMesures à prendre
Moussage du fluide hydraulique1. Qualité non conforme• Changer le fluide.
ConstatationsCausesMesures à prendre
Température du fluide trop élevée1. Viscosité trop basse entraînant des fuites trop élevées
2. Viscosité trop élevée provoquant trop de pertes de charges
3. Fluide mousse
4. Problème au niveau du système de refroidissement : refroidisseur colmaté, présence de saleté au niveau du radiateur, refroidisseur mal dimensionné ou mal choisi (type de refroidisseur installé)
• Changer le fluide.
• Pulvériser l'alcool sur la mousse.
• Nettoyer le radiateur.
• Mesurer la température d'entrée et de sortie à travers le refroidisseur.
• Si l'installation est équipée par un refroidisseur huile/eau, vérifier l'état des canalisations (colmatage, fuites).
• Contrôler le thermostat.
• Si le système de refroidissement est en bon état et le problème persiste, alors réévaluer le pouvoir calorifique du refroidisseur suivant les conditions de travail.

Sami Rekik


dans Fluides